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mercredi 24 juin 2009

CHAPITRE 5: EUROPE: L'AUTRE AVANT-GARDE



Pourquoi l’Europe ? Elle présente les mêmes défis que la francophonie et la diversité culturelle. Onze pays font parties de ces deux organisations : l’OIF et L’Europe. L’Europe doit répondre à deux questions ; Comment s’élargir sans mettre en cause l’identité et l’union ? Comment construire la cohabitation culturelle interne ? La francophonie doit se poser les mêmes questions.


1/ Les autres racines mondiales

Un même défi pour l’Europe et la francophonie : reconnaître l’histoire, l’accepter et en faire un atout. L’Europe a subi en cinq siècles de nombreuses fluctuations des frontières culturelles et linguistiques et la valorisation des aires linguistiques passe par une meilleure connaissance de l’histoire entre le XVIIème et XXIème siècle. C’est une nécessité pour les Européens de donner aux peuples dont l’histoire est mal connue les moyens de se réapproprier leur histoire : les Portugais à Macao en Chine, les Hollandais dans les Indes orientales, le vice-Royaume de nouvelle Espagne, la conquête de Mombassa et l’installation du sultan de Zanzibar par les Omanais contre les Portugais…

Il ne faut pas concevoir l’histoire comme un retour vers le passé mais bien comme une manière d’aborder la troisième mondialisation et l’avenir. L’histoire mondiale doit être considérée comme une archéologie de la connaissance.

L’histoire de l’Europe doit être, elle aussi, redécouverte. L’Europe élargie d’aujourd’hui ne fait que retrouver des frontières du XVIIe et XVIIIe. L’histoire est présente dans notre vie quotidienne, au coin de la rue, près des mosquées et des églises. Les Européens doivent assumer leur histoire, c’est une nécessité.

Cette histoire, elle est présente dans les institutions actuelles de l’Europe mais reste ignorée. La politique menée en faveur des RUP (régions ultrapériphériques), des PTOM (pays et territoires d’outre-mer) et des pays ACP (Afrique Caraïbes-Pacifique) est mal connue. Ce n’est pas juste une question d’économie, les européens doivent prendre conscience que ces territoires sont une partie des racines culturelles et politiques de l’Europe dans le monde. Il faut y voir là une chance pour la francophonie, un moyen d’appréhender l’altérité et le multiculturalisme. L’Europe est dans ce cadre à l’avant-garde d’une autre mondialisation mais ne saisit pas l’opportunité. Modernité et histoire sont indissociables, elles n’ont pas lieu l’une sans l’autre.


2/ Les atouts de la diversité culturelle

L’Europe, lieu de diversité culturelle par excellence avec ses vingt et une langues pour vingt-cinq états, doit changer de logique. A la naissance de l’Europe, valoriser les différences était trop risqué dans la démarche de construction. Aujourd’hui, c’est le contraire, il faut reconnaître la diversité culturelle qui est la spécificité de l’Europe.

Le principe du multilinguisme de l’Union européenne a été établi dès 1958 et indiquait le devoir de respect de la diversité culturelle et linguistique et le développement du patrimoine culturel européen. L’Europe doit aujourd’hui réfléchir aux liens qu’elle entretient avec le Commonwealth, la francophonie, la lusophonie… et gérer la diversité culturelle en coopération avec la souveraineté des états. Selon les Européens, les trois les plus utiles à connaître sont l’anglais (69%), le français (37%) et l’allemand (26%). L’anglais domine largement mais l’Europe devrait favoriser l’apprentissage de trois langues et faciliter massivement les traductions. Or, le coût actuel des traductions par Européen et par an revient au prix d’une tasse de café. La nécessité d’une diversité linguistique est ici sous-estimée pour aller vers la promotion de l’apprentissage des langues. L’Europe doit développer les solidarités linguistiques pour favoriser les échanges culturels ; le cas des langues romanes, qui représentent 200 millions de locuteurs sur 470 millions d’Européens, est un regroupement linguistique qui doit être valorisé.

L’Europe est un paradoxe ; elle est l’archétype d’une diversité culturelle à respecter et le lieu d’une certaine unité culturelle malgré la diversité linguistique. C’est en cela qu’elle illustre un lien unique entre langue, culture et valeur. La francophonie dans l’Europe se trouve favorisée par l’élargissement, elle s’ouvre à la francosphère qui concerne le troisième niveau de la langue française.


3/ Cinq priorités pour l’Europe de demain

Elle doit assumer toutes les solidarités ; valoriser la diversité culturelle mais sans enfermer chacune des communautés dans son identité. La solidarité est la condition pour faire cohabiter vingt-cinq pays si hétérogènes.

La cohabitation ne peut se faire sans laïcité. Il faut instaurer un principe de laïcité qui reconnaît l’égalité des valeurs religieuses tout en maintenant distinctes religion et politique. L’enjeu est le même pour la francophonie qui réunit des peuples aux profondes différences culturelles et religieuses. La laïcité ne doit pas être tabou ; ce n’est pas ignorer le fait religieux, c’est au contraire lui reconnaître sa place, mais distincte de l’ordre du politique.

Le troisième chantier à mener est la question de l’immigration et de l’intégration. Le racisme, la ghettoïsation, les conditions d’intégration sont une gifle par rapport aux valeurs démocratiques de l’Europe. Or, l’immigration, avec plus de 20 millions d’immigrés, fait partie de l’identité de l’Europe mais il y a un gouffre entre le discours démocratique et les réalités. L’Europe doit ainsi revoir son modèle d’intégration pour reconnaître le respect et la dignité de l’autre. Le point commun entre les immigrés et le reste de la population dans chaque pays est le partage d’une langue ; c’est de là qu’il faut partir pour nouer d’autres rapports plus égalitaires et c’est d’ailleurs l’école qui se présente la seule instance réelle de diversité culturelle en Europe.
La classe dirigeante européenne ne souhaite pas aborder le sujet d’une politique concrète de discrimination positive ; on ne fait pas carrière en s’occupant de cela. Comme c’est le cas pour le refus du multilinguisme et la tentation d’imposer l’anglais pour des raisons d’efficacité et de facilité.
Le dernier chantier touche les médias européens. Il n’y a actuellement pas grand-chose qui émane de l’Europe elle-même. Autant l’Europe est sensible à une politique culturelle du patrimoine, autant elle ne se mobilise pas pour une politique de communication. Il est nécessaire que l’Europe, pour poursuivre le projet de politique d’union, envisage une communication politique respectueuse de la cohabitation au sein de l’Europe et ouverte sur le monde.

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