La cohabitation culturelle, malgré les difficultés, représente un enjeu politique central de la francophonie. La troisième francophonie, confrontée à l’ouverture de la mondialisation, doit dépasser les limites de la deuxième. Sa force est de s’appuyer sur les liens langue/valeurs, en défendant les trois langues françaises et les valeurs politiques autour de la démocratie, des droits de l’homme, de la laïcité et de l’éducation.
1/ La troisième francophonie
Il y a une nécessité de la définir. D’abord, penser en terme de francosphère qui ne met l’accent pas uniquement sur la maîtrise de la langue mais aussi sur la sympathie à l’égard de cette langue et des valeurs liées, sur la société civile et le militantisme. L’enjeu de la francophonie est bien sûr la capacité à élargir « la base populaire » en obtenant plus de poids dans la société civile. Pour cela, son défi est économique d’une part, éducatif de l’autre. Wolton met l’accent sur la nécessité d’un élargissement aux trois langues et de la création d’une carte de la nouvelle francophonie visant à privilégier la communication par des dialogues horizontaux.
Les jeunes doivent être présents dans cette nouvelle francophonie. Elle doit inventer une nouvelle manière de faire, autre que l’ONU et les ONG, pour mettre en avant les trois langues mais aussi d’autres moyens de communication tels que les arts. La francophonie doit élargir son champ pour créer un patrimoine commun et accessible par tous.
2/ Un changement de braquet indispensable
La francophonie doit s’organiser des états généraux pour se donner un symbole. Des états généraux pour que les milliers de francophones s’expriment, proposent des projets pour construire cette nouvelle francophonie du XXIème siècle.
En attendant ces états généraux, la francophonie doit privilégier trois axes :
- Eviter la lutte des classes à l’échelle mondiale ; pour cela, convaincre les entreprises mondialisées qu’elles en sont les premiers agents, dépasser le capitalisme classique, la reconnaissance de l’égalité des sociétés, cultures et des hommes par les multinationales, la revalorisation des syndicats. Tout cela évidemment, doit s’inventer en laissant de côté le modèle anglo-saxon.
- Valoriser l’éducation ; réduire les inégalités face au savoir en installant un bac francophone donnant accès à l’enseignement supérieur français, multiplier les lycées français, inventer les lycées francophones, etc. La nouvelle francophonie c’est aussi des lieux de rencontres pour que les hommes échangent, se comprennent un peu mieux. Les aires culturelles peuvent favoriser une autre manière d’aborder le savoir et la connaissance.
- Mettre en place de grands projets culturels : favoriser les industries culturelles nationales pour les productions artistiques et communicatives : presse, cinéma, musique, danse, etc. La mondialisation peut s’atteindre que grâce à la valorisation des racines. La francophonie doit permettre de comprendre ce qui sépare les cultures et en même temps les passerelles qui existent entre elles. Aussi important que l’éducation et le développement durable, il doit être mis en place un grand projet de coopération internationale des médias et de la communication.
- Parallèlement à ces trois axes, il y a un besoin de réveiller les élites francophones : diversifier les élites, les renouveler et les valoriser.
3/ Les chantiers urgents
La francophonie doit élargir le cercle des propositions ; développer la coopération décentralisée comme le font les collectivités territoriales françaises, créer un « club de recherche » en transformant et valorisant le Haut Conseil de la francophonie pour confronter les projets, préparer la prochaine étape de la francophonie, impliquer les grandes entreprises mondialisées pour la recherche et l’éducation en supposant une autre politique des visas. Par exemple, créer un Erasmus francophone Nord/Sud et Est/Ouest.
Il semble indispensable de reconsidérer l’immigration et reconnaître sa richesse. Cela passe par une valorisation de toutes les traditions qui ont fait la francophonie en assumant le passé des deux guerres mondiales jusqu’à l’immigration massive des années 60. C’est aussi interroger la République sur ce qu’elle a offert aux populations immigrées. Le rap exprime justement la demande de reconnaissance de toute une génération. La question de l’immigration fait naitre celle du communautarisme ; nier les identités mène au retour du communautarisme. La francophonie doit rappeler que la France n’est pas seulement blanche et le modèle d’assimilation doit être enfin abandonné, elle doit aussi débattre de la laïcité en terme de laïcité de cohabitation pour lever les tabous.
La francophonie ne peut avancer qu’en élargissant le cadre de la démocratie. Elle doit travailler dans le sens d’un patrimoine commun fait d’un imaginaire partagé, condition d’une véritable communication. Or, on remarque la grande faiblesse de la francophonie en matière de communication, surtout en France. Pour l’améliorer, il faut créer un espace public francophone, espace de communication entre différents acteurs (chanteurs, sportifs, journalistes…) pour créer des rituels communs. Il faut une mobilisation populaire pour faire que la francophonie dépasse le cadre institutionnel. Cet espace est essentiel pour que les cultures cohabitent, que les hommes échangent, que la francophonie s’actualise. La valorisation de l’Europe en est une condition, parce qu’elle représente le plus grand chantier de cohabitation culturelle démocratique dans le monde.
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