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mercredi 24 juin 2009

CHAPITRE 3: LA FRANCE, LES ATOUTS



Malgré ses discours, une réalité sociale et des représentations culturelles fortes, la France, en particulier ses élites et hommes politiques, n’agit pas comme une société multiculturelle à tradition politique, artistique, engagée dans la lutte pour les droits de l’Homme, la diversité culturelle, la mondialisation et la francophonie. Elle semble au contraire ne pas assumer l’ouverture au monde qu’elle devrait pourtant revendiquer.


L’identité française face à la mondialisation dévalorise sa réalité multiculturelle, liée à l’immigration et aux outre-mers, et souffre de l’amoindrissement de son modèle d’intégration républicain. La méconnaissance de l’histoire liée aux traumatismes de la colonisation, le manque de dialogue et de débats publics renforcent ce phénomène.


1/ Ouvrir les fenêtres, retrouver les filiations


Le concept du modèle républicain n’est pas toujours à la hauteur des valeurs qu’il proclame. L’intégration qu’il propose garde un côté condescendant, paternaliste envers les populations issues de l’immigration ou outre-marines. Un modèle plus ouvert qui reconnaîtrait les apports mutuels et la pluralité des sources de l’identité française offrirait plus de respect et d’échanges. Cette reconnaissance de l’élargissement de l’identité française pourrait contribuer, en aidant à la construction d’une société multiculturelle, à lutter contre le nationalisme et le communautarisme.


On peut distinguer au moins trois langues françaises :

- La langue française classique, à laquelle on peut ajouter les langues de France, régionales ou minoritaires, parlées sur le territoire de la République.

- Les langues de la francophonie sont parlées par la majorité des francophones du monde qui enrichissent ainsi la langue classique française.

- La francosphère, expressions francophones véhiculées dans le monde par la mode, le commerce, les idées ou la politique et porteuses de représentations sur la France et la francophonie.

Ces trois sphères linguistiques sont à encourager car elles révèlent la diversité de la langue, sont porteuses d’histoire, d’imagination, de voyage linguistique et d’ouverture culturelle.


2/ Trois clefs pour la cohabitation culturelle


Une identité multiculturelle forte, liée aux outre-mers et à l’immigration serait un atout politique fort pour réhabiliter le modèle républicain. Le lien crée par le partage d’une langue est dévalorisé par les autorités, à l’instar de la langue des banlieues.



Celle-ci est utilisée et comprise par une grande partie de la jeunesse. L’exclusion provoque un processus de création et par là même d’intégration qui révèle l’enjeu politique de la langue. La valorisation aussi bien interne qu’externe de la francophonie aide à lutter contre le racisme, l’exclusion et le populisme et appelle à la tolérance. Les artistes, certains rares parlementaires ainsi que les médias de coopération internationale francophone participent à la valorisation de ces francophonies.


On peut remarquer la discrétion de la francophonie dans l’espace public français. En parler davantage pourrait pourtant élargir certaines visions du monde et contribuer à élargir sa conception de la démocratie ou de mieux comprendre les rapports que le monde entretient avec la laïcité.


En accord avec son principe de solidarité, la francophonie contribue économiquement au développement durable du fait que la majorité de ses membres fait partie des pays les plus défavorisés. La sensibilisation des entreprises mondiales aux enjeux politiques et économiques de la francophonie pourrait contrebalancer le modèle de gestion anglo-hollandais-américain et ainsi promouvoir la diversité face à l’uniformisation du modèle capitaliste. L’auteur propose la création d’un club francophone des grandes entreprises qui contribuerait au développement durable, au respect des identités sociales et politiques.


La France dispose d’un important réseau de centres culturels et d’Alliances Françaises qui pourrait promouvoir la diversité culturelle si les moyens n’étaient pas constamment réduits à cause du manque d’ambition concernant la mondialisation. Wolton propose un renforcement de l’enseignement du français, en France et dans le monde qui offrirait une ouverture aux langues de la francophonie intérieure et extérieure. Il regrette que les auteurs français ne se considèrent pas davantage comme francophones et que les universités françaises ne disposent généralement pas de département d’études francophones. Il propose en fin la création d’un réseau pour la recherche scientifique et technique francophone qui pourrait devenir un outil de coopération et de solidarité et contribuer à l’ascenseur social.


3/ Sortir du masochisme


En se repliant sur elle-même et sur l’Europe, et en négligeant ses racines mondiales historique, la France se soustrait elle-même à une envergure mondiale qui renforcerait son rôle européen tout en lui donnant une image de puissance solidaire. En sous-estimant l’apport retour de la francophonie à la France, elle néglige l’apport philosophique, politique et surtout l’ouverture mondiale que lui procurerait une valorisation de la diversité culturelle.


Il n’existe aucun espace public francophone dans le monde où les francophones pourraient discuter et comprendre les enjeux et controverses liés à la francophonie. Cet espace public pourrait s’exprimer à travers une presse francophone. Mais seule la voix officielle s’exprime, laissant l’impression que la francophonie est un organe strict, rigide peuplée de bureaucrates mais pas de gens réels qui parlent français. Il est donc important de laisser une plage d’expression pour que tous les francophones du monde puissent s’exprimer.


Les médias francophones brillent par leur absence. Seules quelques radios fournissent des émissions francophones de qualité et les émettent dans le monde. TV5 Monde ainsi que son site Internet est la seule télévision francophone diffusée dans le monde mais peu de pays riches acceptent de la financer (80 % d’investissements français). Malgré des bonnes volontés, cette chaîne ne montre pas suffisamment les enjeux de la communauté politique et de la mondialisation. Ce cas pointe à nouveau le paradoxe de la France qui se bat pour la diversité culturelle mais de promeut pas de chaîne francophone, à l’instar de CNN ou Al Jazira. Les instances de coopération existantes sont insuffisantes pour renforcer la coopération francophone publique ou privée.On ne trouve pas non plus sur Internet ou entre les maisons d’éditions de collaboration pour un mouvement francophone international. Seule la musique s’internationalise, crée une identité francophone.


En France, beaucoup trop d’institutions s’occupent de la francophonie, malgré des tentatives pour simplifier tout ça. On peut parler d’un véritable labyrinthe administratif qui gagnerait en efficacité s’il était repensé. Le manque d’intérêt général pour la francophonie explique que rien n’est fait en ce sens. Wolton propose d’exercer des pressions sur le gouvernement pour faire avancer les choses, à l’instar des écologistes qui ont fait créer un ministère.

La baisse constante des crédits et des moyens humains pour la politique extérieure accentue le problème de la francophonie, mais peu de personnes s’agitent pour retourner la situation. Il est pourtant évident que la France ne peut pas espérer avoir un rayonnement mondial si elle n’y consacre pas suffisamment de moyens financiers.


Le partage d’une langue commune peut être un facteur de rapprochement entre les communautés culturelles et artistiques, mais la France a du mal à opérer cet assemblage. Malgré une vocation historique d’universalité et de défense de la diversité culturelle, sa frilosité et sa politique trop institutionnalisée l’empêchent de réaliser ce rapprochement qui semble pourtant évident. Elle se heurte en plus à ne attitude qui interprète toute action culturelle extérieure comme du nationalisme ou du néo-colonialisme.


Les élites francophones communiquent peu entre elles, préférant se tourner vers la plus moderne anglophonie. Elle n’aident donc pas du tout la francophonie et favorisent l’hégémonie anglo-saxonne. De nombreux diplomates, hommes d’affaires, universitaires, scientifiques, commerciaux privilégient l’anglais. Les élus sont les seuls à revendiquer la langue française et donc de favoriser la diversité culturelle. Il est primordial que les élites françaises et francophones prennent la mesure de l’importance de la francophonie et qu’elles jouent un rôle actif pour la défendre.

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