La mondialisation économique a créé des inégalités et donc des mouvements qui la remettent en cause. Les oppositions Nord/Sud et Ouest/Est, la remise en cause de l'Occident par le fondamentalisme religieux révèlent que la mondialisation de l'économie subit un manque de projet politique, favorise les inégalités et les conflits culturels. Cette ouverture au monde, en politisant les enjeux culturels a révélé la nécessité de respecter la diversité culturelle, comme l'a reconnu l'Unesco en 2005.
Bien qu'elle soit considérée après l'économie, la politique et la société, la culture devient un enjeu majeur de la mondialisation. Or c'est sur la culture et les valeurs que les hommes ne sont pas prêts à transiger. Il est donc important de penser à la façon de gérer ces contradictions et revendications.
1/ Les ruptures de la mondialisation
La mondialisation a multiplié les échanges humains et d'informations avec le tourisme et les nouvelles technologies de l'information et de la communication. Mais avec les lois du marché et la concentration des capitaux, elle a favorisé la rationalisation économique. En ouvrant les sociétés les unes aux autres, elle a favorisé la déstabilisation des identités culturelles, la perte de repères identitaires et donc l'apparition de conflits culturels. Il y a donc un paradoxe : les distances physiques se réduisent de plus en plus mais leur mise en contact révèle les distances culturelles humaines. Il est donc primordial de replacer l'homme, sa culture, sa langue au cœur de la mondialisation. Cohabiter avec l'autre tout en préservant sa propre identité est un défi majeur de la gestion de la diversité culturelle.
2/ Les risques du triangle infernal : identité, culture, communication.
La mondialisation politique et économique peut entraîner une montée des fondamentalismes culturels, un repli communautaire où l'identité culturelle deviendrait une identité refuge. Wolton propose la construction d' identités culturelles relationnelles qui aident à la cohabitation pacifique des différentes cultures. Les aires linguistiques peuvent maintenir l'équilibre de la diversité culturelle, nouvelle frontière de la mondialisation. Envisager la diversité culturelle, c'est revendiquer la cohabitation pacifique des identités culturelles et donc les droits de l'homme. Les organisations internationales doivent prendre en compte cette valeur pour mettre en place cette cohabitation. Par leur caractère mondial et potentiellement universel, les aires linguistiques ont un rôle à jouer dans la lutte contre le repli identitaire.
La mondialisation de la communication doit prendre en compte les récepteurs des informations. Cela suppose de les connaître et les respecter. Le rôle des pouvoirs politiques n'est pas juste de réduire la fracture numérique mais d'organiser la cohabitation culturelle et donc de se poser des questions essentielles sur l'acceptation de l'altérité, l'utilité des réseaux. Wolton propose une société de communication à la place de la société de l'information afin de prendre en compte l'égalité des partenaires, le respect mutuel et l'apprentissage de la négociation. En effet, il faut revoir les modèles de communication et les adapter au monde actuel.
Le modèle de la mondialisation est actuellement descendant mais il faut envisager pour le futur qu'il soit ascendant. Il faut prendre en compte les sciences sociales pour prendre l'autre en compte. Comprendre l'autre ce n'est pas juste lui imposer notre point de vue grâce aux technologies.
3/ Les aires culturelles au cœur de la troisième mondialisation
Les grandes aires linguistiques étaient au départ liées à une volonté de puissance. Avec la mondialisation et la diversité culturelle, elles se transforment en outils pour favoriser la cohabitation et la diversité. Chacune connaît déjà la problématique de la diversité grâce à ses propres hétérogénéités. Le défi de la nouvelle mondialisation proposée par Wolton est de savoir si les grandes aires seront capables d 'être le troisième pilier de la mondialisation et de structurer la cohabitation des identités culturelles.
La construction de cette nouvelle mondialisation passe par l'identification et la connaissance des aires linguistiques afin de mettre en valeur le fait que d'autres mondialisations ont déjà existé, d'étudier les représentations liées à ces aires, les liens qui les unissent ou les éloignent. Le but est de prendre conscience de la richesse des langues et donc des cultures.
Les aires linguistiques donnent une nouvelle vision de la mondialisation, elles ne respectent pas les limites des frontières, sont beaucoup plus imprévisibles. Chacune a ses forces et faiblesses. Si elles ne suscitent pas l'intérêt des masses, on peut espérer que ça viendra. Le tourisme de masse va peut être y contribuer en favorisant l'intercompréhension.
Wolton souligne le paradoxe suivant: l'anglais est vanté pour être la langue internationale, le moyen universel de communiquer au moment où l'Unesco signe la reconnaissance des langues. C'est en effet une langue qui est utile dans les échanges internationaux mais il ne faut pas s'en contenter ni croire qu'elle va éradiquer les autres langues. Il convient donc de la maintenir en parallèle aux autres langues. La domination de l'anglais se situe principalement au niveau de la mondialisation économique. En ce qui concerne la politique et la culture, les autres langues ont des revendications multiples qui risquent d'augmenter. Pour souligner ce paradoxe, l'auteur explique que lors de problèmes importants à l'ONU, chacun parle sa propre langue. L'anglais est donc une langue de communication pour des discussions fondamentales mais les hommes préfèrent parler dans leur langue.
Deux principales revendications découlent de la position dominante de l'anglais:
- augmenter le nombre de langues apprises, le plus tôt possible, favoriser l'apprentissage des langues régionales. Ainsi, la mondialisation s'accompagne de la sauvegarde du pluralisme linguistique.
- mettre en place une politique systématique de traduction qui permette une compréhension authentique entre les langues. La traduction permet d'élargir la vision du monde, d'éveiller la curiosité, l'intérêt à l'autre. Cette politique de traduction permettrait de prendre conscience de la force de la diversité linguistique de l'Europe.
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